Connaître sans retenir, manipuler sans mémoriser : c’est le paradoxe apparent de certains dispositifs éducatifs qui sollicitent beaucoup la mémoire de travail au détriment de la consolidation profonde. La mémoire à long terme sert d’assise : elle permet de libérer la mémoire de travail, afin d’y traiter de nouvelles informations, d’élaborer des raisonnements, de transférer des compétences.
Selon Eric Kandel, l’un des pères de la neurobiologie de l’apprentissage, “l’intelligence humaine n’est que la capacité à utiliser la mémoire pour raisonner et s’adapter” (Kandel, In search of memory, 2006). Autrement dit, apprendre se construit sur cette trame de fond silencieuse. Des études de pédagogie cognitive démontrent qu’un élève ayant automatisé certaines connaissances fondamentales (tables de multiplication, vocabulaire, conjugaisons) augmente de façon exponentielle ses capacités à résoudre des problèmes complexes (Sweller, 1988 ; Dehaene, 2018).
- La mémoire de travail aurait une capacité limitée à 3–5 éléments chez l’adulte, selon Cowan (2001). Surchargée sans recours à la mémoire à long terme, elle ne permet guère l’apprentissage en profondeur.
- Le transfert des savoirs, soit la capacité à appliquer une connaissance dans une situation nouvelle, repose sur la richesse et la flexibilité des associations stockées en mémoire à long terme (Barnett & Ceci, 2002).
Sans cette mémoire, impossible d’évoluer dans des situations où il faut combiner, adapter, inventer. Chez les patients atteints d’amnésie profonde, non seulement le souvenir immédiat s’efface, mais les apprentissages acquis après la lésion sont inaccessibles, comme si le présent ne pouvait jamais rejoindre le passé pour devenir disponible au futur (Casale & Ashby, 2009).