L’anosognosie : quand le cerveau ignore son propre trouble
L’anosognosie illustre de manière spectaculaire la perte de conscience de soi. Observée fréquemment après un AVC touchant l’hémisphère droit, cette condition désigne l’incapacité à reconnaître ses propres déficits. Ainsi, une personne paralysée du bras gauche suite à un accident vasculaire cérébral pourra affirmer, avec conviction, que tout fonctionne normalement.
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Environ 40% des patients avec une hémiplégie gauche après AVC présentent une anosognosie partielle ou complète (source : Prigatano & Sherer, 2020).
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Ce phénomène met en jeu le cortex pariétal, mais aussi le réseau fronto-insulaire droit (Berti et al., 2005). Une lésion isole ces réseaux des informations “anormales” provenant du corps.
L’anosognosie n’est pas réservée à la motricité : on la retrouve dans la maladie d’Alzheimer, sous forme d’anosognosie mnésique, lorsque la personne n’a plus conscience de ses oublis. Ceci pose des défis éthiques majeurs en termes d’accompagnement et de soins (Starkstein et al., 2006).
La dépersonnalisation et la déréalisation : fragilités du sentiment d’incarnation
Certaines atteintes neurologiques ou épilepsies temporales provoquent des épisodes de dépersonnalisation/déréalisation : un sentiment de détachement de soi-même, comme si l’on assistait à son existence “de l’extérieur”. Ce syndrome, rapporté chez près de 10% des survivants d’accidents graves cérébraux ou de traumatismes crâniens (Sierra, 2009), peut être transitoire ou chronique.
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Il s’agit parfois d’une manifestation de crises épileptiques du lobe temporal – l’insula antérieure et les jonctions temporo-pariétales joueraient un rôle central.
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La littérature décrit des patients affirmant ne plus sentir leur propre voix, ou percevant leur main comme étrangère – illustrant le délitement temporaire du sentiment d’appartenance corporelle (Blanke et al., 2015).
Le syndrome de Capgras : la conscience de soi par le miroir d’autrui
Plus étonnant encore, certains patients développent la conviction délirante que leurs proches ont été remplacés par des sosies. Le syndrome de Capgras, souvent consécutif à des lésions fronto-temporales ou à des démences à corps de Lewy, touche la dimension relationnelle de la conscience : reconnaître autrui, c’est aussi s’appuyer sur sa propre histoire affective et intime.
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Environ 10 à 15% des patients atteints de démence à corps de Lewy présentent un délire de type Capgras (Josephs, 2007).
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Ce syndrome survient lorsque la voie reliant reconnaissance visuelle et émotion (système limbique) se désorganise – la personne voit un visage familier, mais ne ressent plus l’émotion associée, d’où la croyance en une substitution.