Le cortex préfrontal médian : chef d’orchestre du « je »
De façon récurrente, les recherches d’imagerie montrent une implication centrale du cortex préfrontal médian (CPFM). Lorsqu’un individu pense à ses propres traits de personnalité, se remémore des épisodes autobiographiques ou s’évalue, cette zone flamboie dans les scanners (Johnson et al., 2002 ; D’Argembeau et al., 2007, Neuron).
- Rôle : Traitement des informations auto-référencées, planification, introspection.
- Fait marquant : Le CPFM est particulièrement activé lorsque l’on considère ses propres pensées versus celles d’autrui.
Dans une étude célèbre (Qin & Northoff, 2011), le CPFM était activé lors de tâches impliquant l’auto-évaluation de traits (par exemple : « Suis-je quelqu’un de ponctuel ? »), davantage que lors de l’évaluation des autres. Cette dissociation fonde l’un des arguments majeurs pour caractériser le « réseau du soi ».
Cortex pariétal inférieur : ancrage corporel et spatial du soi
Le cortex pariétal inférieur (et plus précisément la jonction temporo-pariétale, JTP) participe à l’actualisation du « soi corporel » (Blanke et al., 2004), notamment dans la distinction entre « moi » et « pas moi ». C’est ici qu’opère l’intégration multisensorielle permettant de se sentir « dans son corps ».
- Des stimulations électriques de cette région peuvent provoquer des sensations d’externalisation du corps (« out-of-body experiences »).
- Les lésions de la JTP entraînent fréquemment des troubles de la conscience corporelle (agnosie du corps, héminégligence, etc.).
En 2007, une expérience a montré qu’en manipulant la synchronisation visuo-tactile, des volontaires pouvaient se sentir déplacés hors de leur corps, phénomène corrélé à l’activation de la JTP (Ehrsson, Science, 2007).
Précunéus et cortex pariétal postérieur : mémoire autobiographique et introspection
Moins médiatisé que le cortex préfrontal, le précunéus (zone postérieure de la ligne médiane, partie supérieure du cortex pariétal) se révèle pourtant essentiel. Il s’active lors de l’évocation de souvenirs personnels (Cavanna & Trimble, 2006, Lancet Neurology), de l’imagination de soi, ou d’états méditatifs.
- Le précunéus joue un rôle pivot dans la navigation mentale à travers ses propres souvenirs, la projection dans le futur, et certains aspects de l’empathie.
- Des lésions de cette zone peuvent entraîner une abolition de la pensée réflexive.
C’est aussi le précunéus qui, chez les patients comateux, est souvent hypoactif, suggérant son rôle dans la préservation du sentiment d’existence.